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4 - COL DE LA CHIPOTTE





Venant d’Épinal (88), le col de la Chipotte relie Rambervillers (88) à Raon-l'Étape (88) et donne également accès à Étival-Clairefontaine. La commune de Saint-Benoît-la-Chipotte est à huit 8 kilomètres au pied du col. Sur ces lieux de position clé, une des batailles se déroule en rive gauche de la Haute-Meurthe, dans les massifs situés entre cette dernière et la Mortagne. Durant celle-ci, l’endroit est le théâtre de violents combats. Au col s’effectue de nombreux combats et affrontements journaliers, au corps à corps du 25 août au 24 septembre 1914. L'ennemi l'attaque avec une grande détermination, tout en essayant également de contourner l'obstacle. Passé cinq fois aux mains des français et des allemands, il voit tomber puis mourir 4000 soldats français durant cette première phase de la grande guerre. Ce lieu est surnommé par les Poilus le "Trou de l'Enfer". Les pertes allemandes sont sensiblement supérieures. Au regard des effectifs engagés, et sur une durée d'une dizaine de jours, le nombre des tués est très important, plus de 4% et les pertes totales de l'ordre dépassent 16%. En ce lieu, est blessé le colonel MARCHAND et des milliers de braves y périssent. La Chipotte est le théâtre de l’une des plus opiniâtres, des plus méritoires résistances qu’ils opposent à l’envahisseur. Grâce aux efforts et à une lutte à pied souvent à la baïonnette, les allemands sont refoulés de plusieurs kilomètres. A la nuit, le bois est nettoyé jusqu’à la Chipotte mais les pertes sont énormes de part et d’autre. Ce combat terrible enlève aux allemands, l’idée d’opérations offensives de ce côté. Le col de la Chipotte, qui le 1er septembre 1914, n’est sauvé que grâce à l’énergie du général BARBOT, légendaire figure de soldat et de quelques unités près de lui qu’il lance sans hésiter sur une forte attaque allemande.


Col de la Chipotte


TÉMOIGNAGES DE COMBATTANTS DE LA CHIPOTTE


BOULANGEOT Jules

Chasseurs du 21ème B.C.P. 

Jeune victime parmi tant d’autres sur le champs d’Honneur. Il prend part en août /septembre 1914 aux combats de la Chipotte (Vosges) où il est blessé au mollet par un éclat d'obus entre le 31 août 1914 et les 15 premiers jours de septembre (date non certifiée mais a priori blessé le 30 août 1914, date à laquelle le 21e B.C.P. a attaqué à la Chipotte. Redescendu en arrière du champs de bataille avec des camarades survivants au lieu-dit "Le Neuf-Etang" et de la célèbre ferme de la Chipotte, il est évacué sur ordres pour soins à partir du P.C situé à Saint-Rémy (88). Son hospitalisation dure six mois. Vers février 1915, Jules rentre pour les fenaisons en famille puis rejoint ensuite ce même mois, son régiment au secteur de Notre-Dame de Lorette (62). En ces lieux et pendant l'offensive de mai 1915 sur La Chapelle, en bordure de la sape V et VI, il est tué d'un éclat d'obus qui lui enlève le dessus de sa tête.

EXTRAIT D'ODYSSEE DE Antoine LUCIANI 
chasseurs du 14ème Bataillon de Chasseurs Alpins

Agé de 24 ans, il rédige à l’intention du chirurgien de l’hôpital du lycée de Grenoble et transmet au chef de bataillon De REYNIES, commandant le 14ème Bataillon de Chasseurs. Cerné avec sa compagnie la plus avancée dans le massif de Répy, il doit charger à la baïonnette pour  se dégager  et tenter  un repli.  En essayant de prévenir son adjudant de la présence proche d’allemands. « Alors que j’étais à deux pas de lui, je sens comme un coup de bâton au côté gauche de la tête et de suite je vois des flammes dans les yeux, puis totalement aveuglé je suis tombé à plat ventre et je me suis évanouis. Au moment de reprendre connaissance, je vois autour de moi beaucoup de cadavres qui gisaient sur le sol et j’entends les cris des blessés et le bruit des canons ». Laissé pour mort, il échappe de peu au coup de grâce lors du passage d’une patrouille ennemie, la pluie qui tombe sans cesse risque de le noyer jusqu’à ce qu’il parvienne à se mettre sur le dos puis à se redresser. De sapin en sapin, alors que la bataille fait rage, il se dirige vers la lisière du bois, d’où il distingue la plaine et les maisons en flamme. Recueilli par la Croix-rouge, c’est une femme du pays qui le soigne, le veille, le nourri. Repris par les allemands et devant être dirigé vers l’Allemagne, la résistance des troupes françaises dans le secteur oblige l’ennemi à se replier, il peut alors être dirigé vers l’hôtel-Dieu de Lyon. 

EXTRAIT DU CARNET DE ROUTE DU MEDECIN AIDE-MAJOR GAUTIER 
3ème Bataillon du 163ème Régiment d’Infanterie

Dès 5 heures, le 12 septembre 1914, nous partons précipitamment car notre Corps d’Armée prend l’offensive. Notre régiment, un bataillon du 157ème et notre détachement de Chasseurs d’Afrique ont pour objectif  Raon l'Étape.  Nous passons par Larifontaine criblé de trous d’obus et arrivons à Saint-Benoît. C’est ici l’image de la guerre dans toute son horreur : des combats acharnés s’y sont livrés. Tout est brûlé, l’église n’existe plus. Ce ne sont que ruines fumantes. Des cadavres carbonisés gisent partout ; l’un d’eux, celui d’un soldat allemand, gît au seuil d’une maison, transpercé par une baïonnette française encore fichée dans le corps. Nous découvrons le cadavre d’un commandant d’infanterie coloniale, abandonné dans une ferme et déjà noir et boursouflé. Le spectacle est hallucinant. Ce désert dans lequel nul n’a pénétré depuis plus de deux jours est peuplé de cadavres. Mais il ne convient pas de s’arrêter, nous devons poursuivre notre avance le plus rapidement possible. Nous gravissons vers 11 heures les pentes du col de la Chipotte. De nombreux cadavres français et allemands attestent l’âpreté de la lutte. Nous jetons un coup d’oeil rapide sur les tranchées allemandes aménagées superbement, et sur quelques abris qui dénotent chez leurs anciens occupants un sens, ignoré chez nous, du confort et de la sécurité. Rien n’y manque, et en descendant les pentes du col, ce ne sont sur les bas-côtés de la route qu’amoncellement de tonneaux, de bouteilles vides, de fauteuils, canapés et couvertures : ces messieurs aimaient leurs aises. Vers 16 heures, passant sur un pont qui vient d’être rétabli par le Génie sur la Meurthe, nous arrivons à la Haute-Neuveville et à Raon l'étape, par une pluie battante, dans une ville presque déserte. Je me mets à la recherche de l’hôpital pour y conduire les malades que j’ai recueillis et nous y abriter nous-mêmes si possible. Nous trouvons l’annexe des Soeurs de la Providence, accueillis avec un enthousiasme fou par les braves religieuses qui ne cachent pas leur joie et qui, les premières effusions apaisées, nous racontent les angoisses dans lesquelles elles ont vécu depuis trois semaines. La Supérieure, une petite soeur toute vieille et charnue, qui cache une énergie farouche, ne se lasse pas de me tenir les mains et de caresser ma misérable tenue toute couverte de boue ; les larmes aux yeux, elle me narre les angoisses qu’elle a connues pour ses chères compagnes.

PERSONNALITÉ AYANT SERVI AU 21ème B.C.P.
René CHAVANNES


L'un des plus jeunes soldats de la guerre. Orphelin, il rejoint le 21ème BCP à l'âge de 14 ans avec le consentement de sa tante et l'autorisation de l'autorité militaire. Citations, Croix de Guerre.

Charles MAGNIEN
21ème R.I. 


Mercredi 26 août
Il est 15 heures. Les blessés commencent à affluer. Le général de Division passe près de nous et nous dit que nous aurons bientôt de l’ouvrage. Un instant après, nous recevons l’ordre de nous porter à l’avant, le bataillon se forme en colonnes de compagnies pour charger à la baïonnette. Nous sonnons la charge, les compagnies se précipitent en avant, c’est la fameuse charge du col de la Chipotte. Une fusillade épouvantable nous accueille, les hommes tombent par paquets les uns sur les autres, des files entières sont fauchées par les mitrailleuses, mais fantassins, chasseurs, génie, avancent toujours malgré des pertes sanglantes. Les allemands n’attendent pas le choc et se replient en tiraillant. Nous recevons l’ordre de cesser de sonner la charge, qui a duré environ un quart d’heure. A ce moment, j’aperçois un de mes camarades qui revient ; il a la poitrine trouée et un bras traversé, il me supplie de ne pas le laisser, je le ramène à travers les sapins. Les balles sifflent toujours.

Ludovic PREYSSAT
86ème R.I.


Jeudi 20 août 1914, terrible journée
Voilà que tout à coup il faut passer un pont et se porter en avant. L’ennemi occupe une crête, au devant, c’est une immense plaine. Il y a des mitrailleuses de braquées sur le pont, c’est très difficile pour le traverser. En dernier, les cadavres obstruent presque le passage. L’artillerie ennemie y tire aussi pour faire sauter le pont. Dans cette plaine, nous sommes criblés par les balles et les obus rien pour nous abriter même d’une balle. Un de mes camarades a presque perdu la tête et fait des maniements d’arme au milieu des rafales de balles et d’obus. A mesure que nous avançons, nous sommes fauchés par le tir des mitrailleuses. Heureusement, la nuit arrive, leur tir n’est plus aussi précis.

Maurice AUSSEDAT
86ème R.I


25 août 1914 
En tête du bataillon, sabre au clair, le commandant FENETRE, au cri de "en avant, en avant !" entraîne son bataillon derrière lui, en colonne serrée sur le côté gauche du pont. A ce moment se dévoilent des mitrailleuses allemandes qui enfilent le pont : c’est un véritable massacre. Les premières rangées sont fauchées, les hommes tombent par groupes, leurs corps empêchent ceux qui suivent d’avancer. Malgré cela, obéissant aux commandements de leurs sous-officiers et officiers, les hommes cherchent à passer au-delà de ces barrages de cadavres, mais ils sont eux-mêmes atteints et tombent tués ou blessés. Le commandant FENETRE, le capitaine GUICHARD, le lieutenant COUSSERAN, réussissent à atteindre l’extrémité du pont et trouvent abri dans une maison en construction en contrebas et à gauche de la sortie du pont. De là, ils appellent à eux les hommes ; trois ou quatre seuls réussissent à y parvenir. De mon côté, au signal d’assaut du chef de bataillon, je fais cesser le feu, mets sabre au clair et enlève en avant ma petite troupe déjà bien décimée ; sept ou huit hommes restent en arrière tués ou blessés. Profitant de ce que la colonne d’attaque a progressé sur le côté gauche du pont, j’utilise l’espace laissé libre à droite pour devancer au pas de course la colonne de gauche plus ou moins ralentie par ses pertes. Cette circonstance me permet de marcher plus vite et d’arriver ainsi avec presque tout mon monde à l’extrémité du pont. Mais, à notre tour, nous sommes pris par le feu des mitrailleuses et mes hommes tombent par paquets. Néanmoins, à la tête d’un groupe de 5 ou 6 hommes, je puis arriver jusqu’à la route transversale de Saint-Dié à Lunéville, à une vingtaine de mètres des positions allemandes et à une trentaine de mètres en avant des premiers éléments de la colonne d’assaut de gauche. Là, mes hommes sont fusillés à bout portant par des fractions ennemies postées juste au carrefour et abritées par les maisons. A ce moment, je suis atteint d’une balle au bras droit qui traverse l’articulation du coude et perds connaissance. Les éléments qui suivent ne serrent plus, l’assaut a échoué.


Combats de la Chipotte

(*) Concernant son trajet d’évacuation, les ambulances du 14ème Corps d’Armée, qui ont pu se trouver à Saint-Rémy n’ont fait que de passer. Les formations sanitaires du 21ème Corps, auquel appartient le 21ème B.C.P. sont essentiellement entre Saint-Benoît, Autrey et Housseras. Les évacuations par train débutent dès le 26 août 1914 : le matin, l’ambulance 7/21 évacue « par un train de munitions » environ 220 blessés ; à 16 heures, un train évacue 150 blessés au départ d’Autrey. Le 27 août, 45 autres évacuations par le train depuis Autrey ; cette gare fonctionne toujours le 28 août, ce qui n’est plus le cas de celle de Rambervillers ; le 30 août, « la gare d’Autrey continue à fonctionner pour le ravitaillement et les évacuations », restent dans cette localité « 27 non évacuables, 15 couchés, 30 assis » et « un médecin allemand est évacué sur Gray convoyant des blessés couchés ». Enfin, le 1er septembre, le médecin divisionnaire de la 13ème D.I. rend compte que le G.B.D. 13 (Groupe de Brancardiers de la 13ème D.I.) relève des blessés vers le Haut du Bois et la Chipotte. Gray étant une gare régulatrice, c’est en effet par là que transitent de nombreux blessés, qui prennent ensuite des directions très variées : Vesoul, Dijon, Besançon, mais aussi Lyon, voire Vichy, voire plus loin encore.
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