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7 - LA SECONDE GUERRE MONDIALE (1)

Les deux communes connaissent une fois encore l’horreur de l’invasion allemande lors de la deuxième guerre mondiale. L’automne 1944 fait vivre à Raon des semaines dramatiques et lui fait subir un martyr inoubliable. Les premiers effets de l’opération «Waldfest» (fête de la forêt) mise au point dans les Vosges par l’occupant se font ressentir dans le secteur de Raon. 

Allemands devant le "Point Central" 
à l'angle rue Jules Ferry et Charles Weill

L’ OCCUPATION ALLEMANDE
Combats et occupation allemande de la ville (24 août-12 septembre 1914)

Déjà juillet et août sont marqués par des arrestations et cette fois les allemands incendient la mairie de La Neuveville-lès-Raon, bombardent la Poste de Raon l’Etape, font sauter les passerelles et tous les ponts de la Meurthe dont le Grand-Pont (pont de l’Union) coupant ainsi toute retraite même la leur. Les quartiers avoisinant sont dévastés, les canalisations, les réseaux E.D.F. détruits. De nombreux commerces s’établissent dans des baraquements installés sur les places libres entre la rue Jules Ferry, l’école du centre, sur le quai Adrien Sadoul (quai de la Victoire), dans le square de la Trésorerie et sur l’actuelle place des Alliés. La solidarité entre les deux bourgs se noue à la fin de cette guerre. 
Le 17 novembre 1944, le 339e régiment d'infanterie américain, intégré à la Century Division, libère une ville avec des rues creusées de cratères et poursuit sa progression vers l'est.

Le 28 août, les avions survolent la ville, mitraillent l’usine à gaz et y provoquent un incendie ainsi qu’à la gare de La Neuveville-lès-Raon. 
Du 3 septembre de 18 heures au 4 septembre, des éléments de convois allemands piteusement équipés puis pris de panique, quittent l’agglomération. Cependant ce dernier jour, lundi 4 septembre 1944 (jour des combats de Viombois), un drame se joue sous les murs de l’Hôtel de Ville de Raon l’Étape. 
Vers 17 heures 30, un détachement commando du service de la sûreté de la section spéciale S.S. de Baccarat (54), armé de fusils et de mitraillettes, commandé par un capitaine qu’accompagne un jeune homme en tenue kaki, entre à la mairie et demande où est le maire. Comme monsieur Robert TISSERAND* est absent, les policiers allemands parcourent tous les bureaux. Au même instant, cet élu passe devant l’Hôtel de Ville où les allemands l’appréhendent. Ils l’introduisent dans le deuxième bureau de la mairie alors que dans le premier, le personnel composé du secrétaire de mairie, d’une interprète et de deux agents de police, sont tenus en respect, mains levées, par deux hommes armés de mitraillettes. Monsieur TISSERAND est aussitôt soumis à un interrogatoire serré, en présence du jeune homme portant la tenue précitée. Après environ un quart d’heure, un des agents français est amené dans une autre salle où deux allemands veulent lui faire avouer qu’il est complice. Pour cela, ils le frappent violemment. Ramené à l’issue devant monsieur TISSERAND, ce dernier jure qu’il est innocent. Sur quoi il est relaxé et ramené au secrétariat. Après une demi heure d’interrogatoire brutal, le maire Robert TISSERAND sort du bureau. Il nous adresse ses derniers adieux et demande à voir son épouse une dernière fois, ce qui lui est refusé. L’officier remet à l’autre agent français, l’argent que le maire détient pour remettre celui-ci à sa femme. Après quoi, l’ordre est donné à tout le personnel de descendre derrière monsieur TISSERAND. Ensuite tout le monde est mis sur un rang sous l’Hôtel de Ville. Sur ordre de l’officier, le maire seul est amené contre le mur, face au capitaine qui l’exécute en tirant deux rafales de mitraille. Leur crime accompli, les allemands repartent en compagnie du jeune homme, dans leurs voitures en direction de Baccarat. Monsieur TISSERAND est relevé puis transporté sur un brancard à son domicile.


(*) Il est à mentionner que monsieur TISSERAND, tient un commerce d’épicerie en gros lui permettant de faire transiter du ravitaillement du marquis par le biais de son établissement. Ainsi le gazogène de Claude FALLAIX, membre du G.M.A. Vosges, chargé de vivres collectées dans des fermes lorraines notamment vers Blâmont (54), pénètre-t-il souvent dans l’entrepôt côté rue Jules Ferry pour en sortir vide côté rue de Lorient. La distribution s’effectue ensuite dans la vallée de Celles sur Plaine (88) avec la complicité des employés du «tacot» du C.F.C.


Robert TISSERAND
(*) Robert TISSERAND est nommé maire par le préfet des Vosges le 26 mai 1942 à la suite du décès de monsieur Auguste PAVOZ, lui-même nommé maire par cette le préfet le 3 mars 1941 pour remplacer monsieur Charles WEILL destitué. Élu en 1929 et réélu en 1937, monsieur WEILL,, frappé par les mesures anti-juives du gouvernement de Vichy puis par le processus nazi d’extermination, est déporté depuis Drancy par le convoi numéro 57 du 18 juillet 1943 vers Auschwitz où il est gazé dès son arrivée. Après l’assassinat de monsieur TISSERAND, monsieur Charles KAECHER, deuxième adjoint, est dans l’obligation de faire fonction de maire, le premier adjoint Gaston CLEMENT étant interné. Dans cette tourmente, monsieur KAERCHER gère les réquisitions journalières, les menaces d’évacuation puis et maintes fois en position difficile face aux exigences de l’occupant.




Ainsi avec les morts de Viombois, l’assassinat du maire et la chasse aux maquisards éparpillés dans la nature tentant de regagner leurs foyers mais qui se font exécuter dès leur prise, l’épouvante et la terreur s’installent définitivement dans la population. Ces sentiments se renforcent les jours suivants par l’arrivée de nouvelles troupes et de 2200 membres de la jeunesse Hitlérienne qui logent dans les deux communes puis qu’il faut équiper pour les travaux de défense et la réquisition d’hommes pour cette même tâche. 

Le 7 septembre 1944, il est dit : «Les gosses boches saccagent les jardins en creusant des tranchées. Tous les jours, ils partent vers les extérieurs de Raon pour travailler aux fortifications, en hurlant leurs chansons. Quelques petits alsaciens emmenés de force et parqués avec eux, se sont enfuis. Les boches tire dessus.»

Du 8 au 18 septembre, réquisitions d’hommes de 15 à 60 ans et de femmes munies de pelles, de pioches, de bêches. Réquisitions aussi des postes T.S.F., d’essence, des pétrolettes (cyclomoteurs) et de caleçons puis flanelles. Il en faut 700.
Tout au long des mois d’octobre et de novembre, la ville subit des bombardements américains, des réquisitions de biens, des pillages d’entreprises et des maisons particulières délaissées, la destruction d’immeubles puis des ponts et des réseaux, des incendies volontaires, la menace d’évacuation complète, des représailles et des exécutions sommaires.

Le 6 octobre durant toute la nuit, la route de la Haute-Neuveville et le quartier de la gare sont arrosés d’obus.

Le dimanche 8 octobre, les allemands brûlent à La Trouche, la ferme devenue colonie de vacances Notre-Dame de Lourdes de Nancy, gardée par les époux SCHWIMMER. Là sont réfugiés, un soldat russe du maquis et un jeune juif de 17 ans. Ils sont pris et fusillés avec la famille SCHWIMMER. Une stèle près de des ruines rappelle ce drame.

Le 10 octobre au soir, l’abbé CLAUDE de Raon est aussi arrêté par les allemands. Il est enfermé à la crèche et emmené ensuite en Allemagne. Il est exécuté à GAGGENAÛ (D) le 24 novembre 1944. La ferme aux contreforts des Bingottes sous Chavré, appartenant à monsieur MANGOLD Henri est brûlée.

Le 15 octobre, la Gestapo arrête quatre gendarmes et quatre autres personnes. Après leur participation à Viombois, les gendarmes peuvent regagner la gendarmerie dès le lendemain mais un mois et de mi plus tard, il sont arrêtés et envoyés dans les camps d’extermination. Seul un reviendra (Voir chapitre gendarmerie).

Le 30 octobre, le pont du chemin de fer saute, les autres explosent l’un après l’autre jusqu’au 14 novembre 1944, causant d’énormes dégâts dans les quartiers voisins.
Emplacement stratégique important, Raon l’Étape est ainsi le théâtre de violents combats très éprouvés par les tirs d’artillerie adverse. Les obus tombent jusqu’au 17 novembre 1944. Après ces semaines de souffrance, les raonnais voient arriver la 100ème division d’infanterie des américains libérateurs ce 17 novembre. Ils découvrent alors des rues avec d’énormes cratères de bombes…

Le 8 novembre, c’est donc la rafle et la déportation des hommes valides de 16 à 46 ans qui ne sont pas aussi épargnés pour le travail forcé en Allemagne à Heidelberg tandis que la population restantes doit se «resserrer» dans les maisons des seules rues Jules Ferry et Carnot (aujourd’hui rue Charles de Gaulle). Cette rafle commencée se complète en chemin à La Trouche et par des cellois puis des hommes de Neufmaisons, Fenneviller, Pexonne, Sainte-Pôle ainsi que des évacués et réfugiés de Bertrichamps, Baccarat, Deneuvre. Toute cette troupe va à pied jusqu’à Héming. Ce même jour, il y a six transports organisés dans la région, rassemblant 3000 hommes. Pour tous ces convois, l’acheminement, les trains et la destination sont programmés :
-Les hommes de Saint-Dié, Hurbache, Moyenmoutier, Etival pour Mannheim,
-Ceux de Gérardmer et Granges pour Karlsruhe,
-La haute vallée de la Meurthe pour Mosbach,
-Les Bressauds pour Pforzheim.
A chaque fois, il est fait partir des hommes à pied en leur faisant croire qu’il s’agit d’une réquisition pour un travail. A chaque fois, un train attend à plusieurs kilomètres de là : à Héming pour les raonnais, à Lusse et à Provenchères pour les déodatiens. Quant aux géromois, ils passent la Schlucht à pied et montent dans le train dans la vallée de Munster. Un épisode au cours du transport marque beaucoup les déportés raonnais. Leur convoi est immobilisé sur le pont métallique enjambant le Rhin à Mannheim à cause d’une alerte aérienne. Songé à l’angoisse de ces hommes, coincés dans ce train au-dessus du fleuve avec l’impossibilité de s’abriter et imaginant que la destruction des ponts et des lignes de chemins de fer peut très bien être l’objectif de l’attaque. A l’arrivée à Heidelberg le 11 novembre 1944, ils sont répartis en fonction de leurs capacités, dans diverses entreprises ou commerces de la ville et des alentours puis logés dans des écoles, gymnases ou greniers d’usines. Plus ou moins bien traités selon le cas, souffrant souvent de la faim, du froid, du manque d’hygiène et de maladies comme la gale, ils demeurent là sans jamais être enfermés, jusqu’à l’arrivée des américains en début d’avril 1945. A Raon l’Étape après la libération, le bilan matériel et humain est catastrophique. Un petit tract distribué quelques jours après, fait mention des premiers comptes. «Waldfest» ultime invention d’une idéologie inhumaine et diabolique, a accompli son œuvre de mort. Il faut des années pour tout réparer et, il y a l’irréparable... Aujourd'hui toutes les stèles et plaques commémoratives qu’il est rencontré dans la commune, en bordure de route ou dans les forêts autour de la localité, témoignent de la sauvagerie nazie envers des hommes courageux qui ont défendu leur liberté, leur humanisme et leur lopin de terre, en acceptant d’en payer le prix. Ces petits monuments sont les émouvants jalons de cette sinistre «fête de la forêt», minutieusement mise au point et exécutée au cours de l’automne 1944. 

"Au revoir les enfants" - La rafle du 13 mars 1944
Ecoles maternelle et de filles de La Neuveville (1943/1944)

La ville de Raon est cruellement meurtrie de ces évènements : en novembre 1944, sinistres totaux et partiels 2328, 153 habitations totalement détruites dynamitées ou brûlées, 439 immeubles gravement endommagés par explosions et obus, soit un tiers de l’ensemble, 265 déportés en Allemagne, 39 déportés politiques dont le maire Charles WEILL qui ne revoit jamais Raon l’Étape, 250 prisonniers de guerre, 150 requis, 7 fusillés, 21 tués au maquis, 42 blessés, 30 tués par les bombardements, 24 otages. Parmi les édifices les plus touchés ou détruits, il est dénombré l’Hôtel de Ville, le théâtre, l’hôpital, les écoles, la crèche, les deux églises dont les cloches de Saint-Luc sont gravement touchées par les bombardements et ne peuvent même pas annoncer la fin des combats, les huit passerelles et les sept ponts sont détruits.
Au salon d’honneur de l’Hôtel de Ville, dans un encadrement discret, il peut être lu cet hommage : « A l’ordre de la division : ville qui, par son héroïque attitude, foyer de résistance actif, a soutenu courageusement le maquis de Viombois ou 21 de ses fils ont trouvé la mort glorieusement lors du combat du 4 septembre 1944. D’autres furent fusillés dont le maire Robert TISSERAND, la population masculine déportée. »



Le 6 juillet 1950,

Raon l’Étape reçoit la croix de guerre avec étoile d’argent pour son martyre de 1939-1945.


Commémoration en mémoire de Robert TISSERAND
Commémoration aux monument au Morts, le 8 mai 1945, à la libération

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