Collection gratuite et virtuelle

Pour aider à améliorer le site, vous pouvez transmettre des cartes postales.
Scannez ainsi les documents dans une résolution maximum en JEPG de préférence.
Envoyez-les ensuite à l'adresse suivante : bsdjack@neuf.fr
Toutefois aucune réponse ne sera établie sur demande d'achat de cartes.
BONNE VISITE ET MERCI

Retour index

1 - LES VANDALES ONT PASSE... (1)


Extrait de RECITS


Les combats qui se déroulent en août et septembre 1914 dans le secteur marquent profondément le souvenir populaire. Pendant quelques jours, de paisibles bourgs frontaliers connaissent le vrai visage de la guerre, quand militaires et civils, pris dans un tourbillon insensé, voient s'effondrer autour d'eux, ce qui font leurs certitudes. Raon l'Étape (88) paye son tribut à cette guerre qui doit être comme à chaque fois la "der des der ". Toutes ces belles maisons de commerce, ou lieux publics flambent avec un bruit effroyable. c'est beau, tellement c'est horrible. L'angoisse, une émotion intense a étreint.
Jean ARNOUX, cafetier et puis ces mêmes soldats allemands qui pillent, incendient sont les mêmes qui offrent un pot-au-feu aux réfugiés, ou reconnaissant le cafetier, plaisantent avec lui comme avant la guerre. Les forestiers, gendarmes et douaniers, suppléants aux troupes interdites de toute présence à moins de 10 Kms de la frontière selon décision du gouvernement, assurent la surveillance "à la tension politique succède, dès le 27 juillet 1914, la glissade vers la guerre, puis la déclaration de guerre elle-même, le 2 août 1914." Le 21ème Corps prend l'offensive. Les quelques troupes allemandes sont repoussées des cols frontière. Les poteaux allemands jetés à bas et les troupes françaises poussent progressivement jusqu'au débouché de la vallée de la Bruche sur la plaine d'Alsace. Cette avance est stoppée pour l'organisation d'une opération d'une grande envergure qui doit s'avérer décisive. Talonnées par des divisions allemandes fraîchement arrivées sur le théâtre des opérations, les unités françaises se replient sur le Donon. Le 21ème Corps d'Armée passe ainsi de la vallée de la Bruche à celle de la Haute-Sarre en liaison avec le 13ème pour participer à la bataille de Sarrebourg. Les troupes françaises vont dès lors progressivement reculer pour opérer un changement de front devant permettre la reprise de l'offensive. Le front se rapproche ainsi de Raon l'Étape (88). L'ordre général d'opération 24 pour la journée du 23 août édicté du P.C. de Badonviller (54), prescrit notamment que : le lieutenant-colonel, commandant le Génie du 21ème C.A. a sous ses ordres les 57ème et 60ème Bataillons de Chasseurs et les compagnies de Génie de corps (rendus à Raon pour 8 heures). Il a pour mission d'assurer la défense des abords immédiats des ponts de Raon l'Étape et de Thiaville-sur-Meurthe (54) puis d'étudier l'organisation du point d'appui de Neufmaisons (54). Durant ce temps, la pression du 15ème Corps d'Armée allemand s'accentue sur Montigny, Neuviller et Badonviller. De plus, la 13ème Division qui tient encore Celles-sur-Plaine (88), point capital pour le maintien des liaisons, doit se replier également sur Raon l'Étape. A la suite de l'abandon de ce point de résistance, la retraite du 21ème C.A. s'avère inévitable et ce, sur la rive gauche de la Meurthe. Elle se déroule graduellement :
- la 13ème Division établit un barrage dans la vallée de la Plaine à hauteur de la Trouche, pendant que la 43ème Division, suivie de la Brigade BARBADE se dirige sur Thiaville.
- la brigade coloniale et les éléments de la 49ème Brigade restés sur la rive droite de la Meurthe passent la Meurthe à Baccarat (54).


Le 24 août
Alors même que l'ensemble du 21ème C.A. tient la rive gauche de la Meurthe, le commandement donne l'ordre de contre-attaque. Cependant d'importantes forces allemandes débouchent par Baccarat, occupent le pont de Thiaville le 25 août, gagnent La Haute-Neuveville coupant ainsi les communications des unités des 20ème B.C.P. qui tient Raon. C'est dans ce contexte militaire que se situent les témoignages relatés ci-après. C’est du moins ce qu'il essaie de me faire comprendre jusqu'au moment où un coup de sifflet impérieux le fait déguerpir. Quelques instants plus tard, des ennemis rompent la porte de la remise pour s'emparer de harnais qu'ils trouvent pour harnacher un cheval qu'ils viennent d'amener. Je suis encore obligé de les aider car ils n'arrivent pas à harnacher l’animal avec ce matériel. Bien entendu, j'en suis ainsi débarrassé. Le mercredi matin, j'entends frapper à ma porte J'ouvre et j'ai le plaisir de me trouver en tête-à-tête avec monsieur AMARCA, curé de La Neuveville qui venait se concerter avec moi pour faire enterrer deux soldats français tombés pendant le combat de la veille près du Pont et dont les corps se décomposaient. Ne trouvant plus d'homme à proximité (la plus grande partie de la population s'était enfuie devant l'ennemi et ceux qui restaient étaient encore dans les caves) nous fûmes obligés de nous faire aider par deux femmes pour procéder à l'inhumation de ces deux héros. Le Jeudi, j'organise avec tous les hommes restés dans la commune une équipe pour relever les blessés et enterrer les morts. C'est en faisant la tournée du champ de bataille que j'apprends que deux blessés français un du 17ème Chasseur à Pied et un fantassin du 170ème de ligne se trouvent à la ferme de La Hounotte. Je me rends avec deux hommes et un petit chariot pour les chercher. A l'entrée de La Neuveville-lès-Raon, la sentinelle allemande barre la route avec une palissade et se refuse obstinément à me laisser passer. Je suis obligé de faire passer le chariot avec les blessés à travers champs pour pouvoir poursuivre ma route. L'officier du poste examine les soldats pour se rendre compte de la gravité de leurs blessures et ensuite je peux sans autre entrave les conduire à l'hôpital.

Extrait des mémoires de monsieur Constant BOURGEOIS,
maire de La Neuveville


La Neuveville-lès-Raon

Août 1914
Les allemands font leur entrée à La Neuveville le 24 août 1914, dans la matinée. Furieux de la résistance qu’ils trouvent ils incendient l’hôtel du Pont, transformé en citadelle par nos Chasseurs à Pied. Ils incendient également, au moyen de torches et de pastilles incendiaires, 46 maisons situées dans les faubourgs de Thiaville, près du cimetière, de l’usine AMOS, les chantiers de la gare et les usines LECUVE. Ces incendies sont tous allumés dans la journée du 24 août et les allemands n’essayent d’en éteindre aucun mais se livrent à un pillage effréné; tout leur est bon. L’administration de la commune de La Neuveville est assurée par son maire qui dès la première heure, est pris à partie par les officiers allemands pour les réquisitions. Le ravitaillement en pain est assuré tant bien que mal par messieurs BOURGEOIS et COLIN qui seuls cuisent encore, pour la viande monsieur GILLY seul en vend dans la commune. Les allemands installent deux lazarets dont un à l’hospice tenu par les soeurs gardes-malade, toutes restées à leur poste, et l’autre à la papeterie METENETT, organisée en ambulance dès le début de la guerre par son gérant monsieur SCHWINDENHAMMER. L’état-major allemand est logé chez monsieur HAXO, marchand de vins; chez monsieur RIFF logent le commandant SCHMITT. Aucune nouvelle du dehors ne peut parvenir pendant l’occupation. L’attitude des allemands est celle de vainqueurs impitoyables et leur conduite est des plus déplorables, surtout celles des officiers qui se livrent à de véritables orgies. Ils évacuent la commune le 19ème jour soit le 12 septembre 1914 au matin avant 5 heures, laquelle ils font sauter le pont de la Meurthe, celui du chemin de fer et les deux passerelles. Les premiers éclaireurs français des Chasseurs d’Afrique font leur apparition vers 11 heures 30 et font prisonniers plusieurs soldats allemands qui sont cachés pour se rendre, entre autre un qui est dans la cave de monsieur BOURGEOIS, maire, après avoir enfoncé la porte. Le mercredi 25 août au matin, j’entends frapper à ma porte, j’ouvre et j’ai le plaisir de me trouver en présence de monsieur AMARCA, curé de La Neuveville qui vient se concerter avec moi pour faire enterrer deux soldats français tombés pendant le combat de l’hôtel du Pont et dont les corps commencent à entrer en décomposition. Ne trouvant plus d’hommes à proximité (la majorité de la population s’étant enfuie devant l’ennemi), nous sommes obligés de nous faire aider par deux femmes pour procéder à l’inhumation de ces deux héros. Le commandant allemand me fait appeler par un habitant de Raon l’Étape, me donnant l’heure pour réunir à la mairie quatre otages garantissant la sécurité de ses troupes; je réussis à les réunir. Ce sont messieurs AMARCA curé, le conseiller et mon adjoint FERRY puis BARETH et moi-même. Les allemands ont amené plusieurs prisonniers dont monsieur le curé de La Chapelle (54) près de Thiaville et monsieur FAYS âgé de plus de 72 ans habitant Thiaville. Le 11, il se fait un remue ménage qui nous laisse prévoir la retraite de l’ennemi et ce qui me le confirme, c’est de voir réunis à la mairie une vingtaine d’otages pris dans les deux communes. Leur exode commence et dure toute la nuit. A la fin de 1914 et dans la première moitié de 1915, Raon et La Neuveville ne courent pas de grands risques matériels. Le front est stabilisé et semble assez éloigné de huit kilomètres. Au milieu de 1915 commencent les bombardements. Les allemands installent des pièces lourdes de 130 et 150 de l’autre côté de la montagne près du village Le Mont au-delà de Senones. Le 12 août 1915, 69 obus tombent aux alentours de la gare et sur La Neuveville. Le 8 et 9 septembre, le bombardement recommence avec une centaine d’obus lourds. Cinquante six de ces obus tombent sur l’usine AMOS alors en plein travail. A partir de mars 1916, les bombardements par canon cessent. Le bâtiment des voyageurs de la gare est à peu près détruit. C’est à cette date que les avions ennemis commencent à jeter des bombes sur RAON ET La Neuveville. Cela dure jusqu’au 13 février 1918.

Monsieur Constant BOURGEOIS
raconte nous l'avions laissé le Jeudi 26 aux prises avec un officier allemand le contraignant à conduire deux blessés français à travers champs

"Le Vendredi vers 13 h.eures, deux officiers dont l'ordonnance du général viennent me chercher et exigent que je leur fournisse divers renseignements sur les demeures des officiers français résidant à La Neuveville. Il se montrent d'une brutalité rare à mon égard et m'emmènent devant leur auto pour contrôler mes renseignements. Finalement les renseignements contrôlés et vérifiés, ils me laissent aller. C'est ce jour là aussi qu'une compagnie arrive à la mairie sur le soir. Monsieur HOUTTEMAND, coiffeur à Raon qui se trouve par hasard à la mairie vient me trouver en pleurant puis en me disant que l'officier vient de lui donner deux gifles formidables et l'envoie me chercher. Je me rends à cette invitation. Il veut tout simplement que je leur fournisse trois lampes dans l'espace d'un quart d'heure faute de quoi, je suis fusillé. Ce n’est pas faute de le satisfaire, enfin j'y parviens avec bien du mal.. Bon ce n’est pas tout çà, monsieur BOURGEOIS piétine d'impatience, depuis La Neuveville. Le Lendemain, revenant de faire une commission en compagnie d'un gendarme allemand chez monsieur OLRY, avenue Faidherbe, je fais la rencontre de monsieur LECUVE accompagné de madame LAMBERT. Il me prie de bien vouloir l'accompagner chez le commandant d'Armes allemand pour lui demander un écrit interdisant à ses soldats d'incendier sa maison. J'obtiens satisfaction, non sans peine et sans discussion car il prétend qu'on a tiré sur ses troupes depuis cette habitation. Ce qui était faux. Le commandant allemand me fait appeler par un habitant de Raon me donnant une heure pour réunir à la mairie quatre otages garantissant la sécurité de ses troupes. Je réussis à les réunir. Ce sont le curé M.M. AMARCA, le conseiller municipal FERRY, l’adjoint BARETH, et moi. Les allemands amènent aussi plusieurs prisonniers dont le Curé de Lachapelle près de Thiaville-sur-Meurthe et monsieur FAYS âgé de plus de 72 ans, habitant aussi cette commune. Je les aperçois en me rendant à mon bureau et prend la résolution de faire tout mon possible pour arriver à les faire élargir. Après bien des démarches près du commandant d'Armes je ne peux obtenir non sans peine que la mise en liberté de monsieur le Curé. Quant à monsieur FAYS, mes instances répétées pendant plusieurs jours n'aboutissent qu'à me faire valoir deux heures d'emprisonnement entre deux baïonnettes ainsi qu'à mon secrétaire Charles ARNOUX. Sur les entrefaites le général me fait donner l'ordre d'établir une proclamation ayant pour but de faire cesser le pillage. Je réunis quelques notables des deux communes entre autres : messieurs le Dr RAOULT, l’Abbé CHRISTMENT, ARNOUX, PIERRE, FERRY, etc… Mais ces deux derniers se sont retirés en passant près de chez PIERRON, marchand de vins à La Neuveville ainsi que l'Abbé CHRISTMENT qui est appelé pour un service d'église. De ce fait nous ne restons plus que trois moi, le Dr RAOULT et ARNOUX. Je fais approuver la proclamation par le général qui nous donne une escorte de dix hommes dont un bugle pour attirer l'attention. Nous faisons alors la tournée des deux communes ce qui nous tient jusqu'à 6 heures du soir. Je dois encore intervenir près du commandant de la place pour empêcher la soldatesque d'incendier les habitations de messieurs LONGEAUX, JACQUOT-JADOT, FERRY Albert, sous le prétexte fallacieux que l'on tire sur leurs troupes alors que c'est ces mêmes troupes qui chassent les poules et les pigeons."
Autres pages : Accueil 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10