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2 - LES VANDALES ONT PASSE... (2)


Monsieur Constant BOURGEOIS, 
maire de La Neuveville-Les-Raon
à contrario des relations précédentes, 
monsieur BOURGEOIS ne date pas précisément ses notes suivantes :

"Un jour, j'ai la visite de deux officiers délégués près de moi pour me demander la caisse municipale et toujours une menace d'être fusillé si je ne leur donne pas satisfaction. Ne les ayant pas très bien compris et ayant cru saisir qu'il s'agit du tambour de l'appariteur, je leur montre dans le caniveau et leur dit : "ce sont vos soldats qui l'ont arrangé ainsi", très naïvement. Puis ils me font comprendre avec menace et par gestes qu'il s'agit d'argent. Ce à quoi je répond que je ne dispose d'aucun subside pour la commune. Je les envoie chez monsieur le percepteur sachant bien qu'il est parti. Le lendemain un autre officier revient et insiste à nouveau avec toujours menace d'être fusillé dans le cas où il n’est pas mis en possession de la caisse municipale. Sourd à mes réponses, il se contente d'emporter le tableau du contingent des contribuables en l'envoyant comme le premier chez monsieur le percepteur. Un autre jour je suis accosté par un officier de gendarmerie. Je revenais du cimetière. Il me demande sur l'ordre du général de lui remettre les médailles d'identité des soldats tombés sur le territoire de la commune. Je refuse catégoriquement. Il me dit : "j'en rendrai compte au général". Le lendemain, nouvelle visite d'un gendarme toujours avec menace dans le même but que le premier. Je fais la même réponse Sur ces entrefaites, un soldat allemand vient me chercher de la part du commandant d'Armes de Raon l'Étape. Je me rends chez lui accompagné de monsieur Charles ARNOUX qui en ce moment est mon secrétaire. Il nous fait asseoir après me faire comprendre qu'il ne parle pas le français. Il fait chercher un interprète. Entre temps, il insiste à plusieurs reprises pour nous faire prendre un verre de vin et nous offrir des cigares. C'est au cours de cette conversation qu’il me déclare ses qualités. Il me dit que nous étions "collèges" voulant dire collègues être grand chasseur devant l'Éternel ! Après m'avoir demandé divers renseignements sur le gibier qui peuple nos forêts, il me propose de venir après la guerre faire une partie de chasse. Il est, me dit-il, bourgmestre d'une ville de 20 000 âmes en Westphalie. Il a la conviction que la guerre sera terminée pour Noël 1914. Il veut faire assainir la place de la République sur laquelle donne ses fenêtres. Satisfaction lui est donnée par le docteur RAOULT que j'ai envoyé chercher lui faisant comprendre que je ne suis pas le maire de Raon. Il me fait appeler de nouveau le lendemain pour me dire de donner ordre de fermer les caves des marchands de vin de La Neuveville. Ce a quoi je lui répondis qu'il est trop tard et qu'il ne reste plus grand-chose, toutes les marchandises ayant été enlevées. Il insiste néanmoins. Je fais selon son désir, accompagné de ses deux ordonnances et de monsieur ARNOUX. Ce qui n'empêche pas un lieutenant de Chasseurs à Pied allemand d'exiger du vin pour ses hommes. Le lendemain j'ai la visite d'une patrouille de Uhlans chargée de réquisitionner le pétrole et l'essence de pétrole destinés à incinérer les cadavres. Puis ce sont divers avis à faire connaître aux habitants ayant trait au balayage des rues, aux armes trouvées sur les champs de bataille ou abandonnées chez les habitants. En moyenne, il y a une annonce différente à faire chaque jour."

Mardi 25 août 1914
4 heures du matin : fusillade et coups de canon. Nos Chasseurs à Pied du pont de La Neuveville balaient les rues. Nous descendons à la cave. 8 heures du matin, l'officier allemand nous prévient qu'il faut partir. Un homme nous accompagne sur ma demande : les coups de feu crépitent partout. Le magasin LARUE, en face de chez moi, brûle. L'officier me dit : "un civil vient de tirer, voilà comment je me venge". C’est un prétexte. Le sac des magasins et des demeures particulières est commencé. Les marchandises sont jetées à terre, piétinées ; Les soldats courent, on entend çà et là des hurlements sauvages c'est atroce ! Nous entrons avec notre femme de ménage et sa fille, 16 ans, chez madame MULLER-BRAJON. Installés dans les escaliers, nous entendons redoubler les coups de feu, de mitrailleuses et de canons. Un obus tombe sur la maison. Nous allons un peu plus loin, ménage CLAVEL gérant de la banque de Mulhouse. Évacués, nous trouvons là une bouteille de Frontignan et un vieux croûton de pain qui était dans les épluchures. C’est notre dîner ! La soirée se passe dans l'angoisse. Aucune nouvelle du dehors. A 9 heures les allemands viennent s'enquérir s'il n'y a pas de soldats français. Réponse négative. Je demande à sortir avec mon groupe et à être accompagné par un homme. Autorisation. Nous voyons alors l'incendie faire rage. Épicerie rouge, LARUE ; Café du Point Central (celui du témoin) GAUCHENOT, BODARD, JEANDEL, l'église Saint-Luc, les Halles, le café des Halles, les maisons DIDIER, TAILLARD, EULRIET, MAUDRU, THIEBAUT, GABRIEL, épicerie bleue GRANJEAN, pharmacie BASTARD, café du Centre, MICHEL, NORDON, CROUZIER, PETER, etc…Toutes ces vastes et belles maisons de commercer, ou lieux publics, flambent avec un bruit effroyable. C'est beau tellement c'était horrible.

Mercredi 26 août 1916
4 heures : les allemands se rassemblent place de la République nouvelle visite de nos chambres ma maison no 41 flambe.... Ils se réfugient chez MARANDE. Les maisons MILLER, MATHIEU, JOINARD, l'école des filles, tout le quartier brûle. Coups de fusils, mitrailleuses et canon ! Nous quittons la maison et je demande à un officier où il faut aller : "à Neufmaisons dans nos lignes, pas ailleurs". En route ! Un maigre vêtement sur le dos, 350 francs en poche, ma femme et moi, témoins impuissants de la ruine de beaucoup de concitoyens puis de la notre propre, après avoir jeté un coup d'oeil sur les maisons fumantes, nous gravissons la côte, nous traversons les lignes allemandes. Aux Maisons-Rouges près de la maison DAVERIO, les canons allemands montés sur auto, tirent sur Chavré. Des carrières RAMU, les pièces françaises répondent.. Huit batteries allemandes sont en position au Chauffour, quatre à droite et autant à gauche de la route. Tout cela tire, tire ! Quelle effroyable musique ! Nous sommes obligés de passer par le bois et la fontaine des maçons. Nous trouvons là quelques Raonnais, bien étonnés de nous voir. On nous croyait ensevelis sous les décombres du café. A 8 heures du matin : en route pour Neufmaisons.

Le 26 août 1914 donc :
Arrivée à NEUFMAISONS à 9 heures. Ma pauvre femme, de forte corpulence, en pantoufles souffle énormément mais ne se plaint, ni ne pleure. Tristement, je constate et ne trouve pas un mot à dire. Un corps d'armée allemande se dirige sur Raon l’Étape venant de BADONVILLER.. Cinq fantassins allemands m'interpellent le long de la route : "bonjour monsieur ARNOUX, où allez-vous ? Donnez-nous un sérieux ! Je reconnais au fur et à mesure de leur passage, un domestique de l'hôtel BIET (maison CLAVIERE), un domestique de l'hôtel SCHWOB (gare), un habitant de Kaysersberg conduisant une auto trésorerie que j'ai vu souvent chez-moi. Celui-ci me dit qu'il conduit six millions de marks en or. Je cause quelque temps avec lui pendant un arrêt du convoi. Mon étonnement va en grandissant ! ! ! Rencontre de cuisines roulantes. A notre demande, on nous donne du café chaud en payant. Installation provisoire à Neufmaisons où nous pouvons faire un pot-au-feu grâce à l'intervention d'un infirmier allemand nommé DAUL, né à Saâles, qui vient souvent à Raon l'Étape. Nous partageons notre bouillon avec des prisonniers français. On reconnaît le fils LECOLE du 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied dont le père est conseiller municipal à Raon. «L'angoisse, une émotion intense nous étreint, et c'est dans un rêve que nous nous rendons place de la République, comptant pouvoir pénétrer dans la maison que je possède, 41 place de la République. Impossible d'entrer, tout est ravagé. Le magasin PETIT est dévasté et on marche sur un monceau de marchandises. Je dirige ma caravane chez SONRIER MARANDE. Je croise un officier à cheval qui me demande en excellent français : "où est l'hôtel CLAVIERE ?" Chez MARANDE, maison dévastée. Nous décidons d'y passer la nuit, car nous y trouvons des lits. 60 allemands, avec un commandant font irruption dans la maison. Nous avons laissé Monsieur ARNOUX, son épouse et quelques proches, dans l'angoisse de la nuit du 25 août, terrés au second étage de la maison MARANDE. Une troupe de 60 allemands envahissent les 1er et 3ème étages, pillent la cave, boivent, mangent et chantent. A 2 heures, le commandant, ivre, est entré dans notre chambre accompagné d'un sous-officier, révolver au poing. Il se met assis sur le lit de la fille de notre femme de ménage (16 ans) et dit d'une voix rauque d'ivrogne : "fraulein gentille, mais bien jeune et pas forte". Le sous-officier s'assied et raconte en bon français qu'il connaît bien Paris où il était placier, etc… Et toujours son révolver à la main, braqué tantôt sur l'un ou sur l'autre. Nous croyons notre dernière heure venue. Le commandant ne pousse pas plus loin son désir immonde. Un signal se fait entendre du dehors les allemands quittent la maison et, hurlant, se dirigent sur Wessval. Des coups de feu et la maison THOMAS se met à flamber.


Raon l'Étape

Chez monsieur ARNOUX, aux prises avec les incendies non pas de bombardements mais volontairement allumés par ses voisins allemands, clients de son café l'avant veille, sauvages déchaînés depuis 48 heures… Raon l'Étape n'aura été que brièvement impliquée dans cette longue guerre. commencée à ses portes la traînée de poudre embrase la région pour gagner durant quatre ans des contrées plus vastes étendant champs de dévastations jusqu'à la mer… une immense tranchée de ruines, de douleurs et de sang de la Ligne Bleue aux plages. Les Raonnais ne sont-ils pas prédestinés à "voir passer" ces invasions depuis la nuit des temps ? Les troupes allemandes qui combattent à Raon l'Étape et dans ses environs forment notamment la 60ème Brigade (99ème et 143ème R.I.) et la 85ème Brigade (13ème et 105ème R.I.) de la 30ème Division (15ème Corps d'Armée). Des éléments de la 39ème Division y transite également pour participer aux combats de Saint-Benoît-la-Chipotte et La Salle (126ème, 132ème, 171ème et 172ème R.I.) Les derniers soldats que le cafetier ARNOUX signale le 11 septembre appartiennent au 14ème Corps de Réserve et ont combattu dans la vallée du Rabodeau, puis dans le secteur Saint-Michel-sur-Meurthe le 29 août, Etival, le 2 septembre, Nompatelize et La Croix-Idoux le 9 septembre, parmi lesquels le 14ème Bataillon de Chasseurs de Réserve. Le 12 septembre, les troupes françaises font à nouveau leur apparition à Raon l'Étape. Entre temps, l'avance allemande se brise sur la Mortagne après les combats sanglants de la Chipotte. Le destin des armées se joue maintenant sur la Marne. Dès lors, le front des Vosges se stabilise dans la vallée de la plaine et ne change quasiment plus pendant quatre longues années. Raon l'Étape redevient ville d'arrière.

COMPOSITION DU 21ème CORPS D’ARMÉE FRANÇAIS (août 1914)
Cdt général BOURDERIAT jusqu'au 31 août puis général BAQUET comprenant la 25ème Brigade (17ème R.I., 17ème B.C.P., 20ème B.C.P., 21ème B.C.P.) et la 26ème Brigade (21ème R.I. et 109ème R.I.)
43ème Division
13ème Division
Cdt général LANQUETOT comprenant la 85ème Brigade (149ème R.I. et la 158ème R.I.), 86ème Brigade (1er, 3ème, 10ème et 31ème B.C.P.) aucune mention d'artillerie...est-ce le fait d'une guerre de mouvement.


Lundi 24 août
Exode des habitants dès le dimanche 23 août, 
la population riche de Raon l'Étape commence ce départ en masse. 
Les possesseurs d'automobiles partent avec leurs familles et leurs amis.


Le lundi, dans la journée, l'exode continue ; commerçants, ouvriers, femmes, enfants, fuient en voiture et à pied. Peu usent du dernier train (3 heures). Le maire et son greffier, les fonctionnaires, percepteur, receveur d'enregistrement, receveur des postes, des contributions indirectes, receveur municipal et buraliste, notaire, instituteurs et institutrices, tous partent. La gendarmerie évacue à 17 heures 30. Le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied passe le pont (de l’Union) pour se retirer à La Neuveville. A 18 heures, je boucle mon café. Personne dans les rues. Toutes les fenêtres et persiennes sont fermées. Ville morte, c'est lugubre. Ma femme et moi, nous montons au second, dans nos appartements et sans nous déshabiller, nous attendons en silence. Que réserve demain ? A 21 heures 30, une auto électrique noire, blindée, phares éteints, s'arrête devant chez moi au carrefour des rues Thiers (Charles Weill) et Jules Ferry. Elle s'engage sur le pont de La Neuveville, ne le franchit pas, revient sur ses pas, se retire jusqu'au pont de la Plaine rue Carnot (avenue Général de Gaulle). L'auto fait entendre des appels prolongés. Dix minutes après, arrive une troupe au pas de gymnastique. Les clairons sonnent. Les allemands crient : hurrah ! Des ordres dans la nuit : "ouvrez les portes" "allumez les chandelles". Sans attendre, les soldats enfoncent les portes et fenêtres à coup de crosses. Nous descendons rapidement mais pas assez tôt car chez moi au rez-de-chaussée, fenêtres et portes sont déjà enfoncées. Quatorze allemands, un sous-officier révolver au poing, entrent. Ils visitent la maison et demandent s'il n'y a pas de soldats français. Entre temps, ils me volent une tabatière en argent sur ma table de nuit. Mes co-locataires qui ont fui, ont tous leurs portes défoncées et leurs logements cambriolés. Un poste s'établit au rez-de-chaussée, chez moi, café du Point Central. Un officier demande à manger : omelette, saucisson, vin rouge. Les hommes boivent du sirop à l'eau. L'officier exige un lit. Les hommes s'installent sur les banquettes de café et sur le parquet. Le drapeau du régiment no 99 de Saverne est étendu sur les tables ».


Nous sommes de retour dans les Vosges en cette journée du 26 août, 
madame ARNOUX, surpassant émotions, douleurs et fatigue partage un maigre dîner avec quelques prisonniers Français croisés à Neufmaison.

Jeudi 27 août
A signaler le départ de Neufmaison, de deux avions allemand se dirigeant sur le lieu du combat et leur retour. Un ballon captif, forme et couleur, dirigeable ZEPPELIN s'élève et observe les environs.

Vendredi 28 août
Passage de nombreuses troupes allemandes allant à Raon.


M. ARNOUX depuis Neufmaisons observe les troupes allemandes se rendant à Raon


Samedi 29 août 1914
Nous décidons de rentrer à Raon l’Étape. 3 heures de route dans les chemins défoncés. Nous voyons des effets d'équipement abandonnés, des chevaux morts, des tranchées de tous côtés. Arrivée à Raon, place de la République à midi. Quel tableau ! Quelle dévastation ! Nous circulons entre les décombres et nous allons occuper la maison de mon ami Joseph MASSON qui s'est réfugié à Paris. Je fais la rencontre de quelques civils qui restent : J B HUSSON, Bernard GALOCHIER, GIMET, Camille MATER appariteur, FERRY de La Neuveville, Émile PIERRE, l'abbé CHRISTMAN, TOUSSAINT café des Vosges, SEYER de l'épicerie bleue et quelques autres. La ville regorge de soldats allemands qui occupent toutes les maisons abandonnées, et il y en a ! Toutes sont pillées. J'ai eu le bonheur de sauver en partie du pillage la maison de Joseph MASSON. Mais quelle vie et surtout quelles nuits ! Il faut coucher les portes ouvertes et être rentré chez soi de 18 heures à 3 heures du matin.

Dimanche 30 et lundi 31 août 1914
A Raon l'Étape ce 29 août 1914, monsieur et madame ARNOUX prennent mesure de la férocité des assaillants, leurs "bons" clients d'avant transformés en barbares.

Dimanche 30 août 1914
J'offre mes services au Dr RAOULT qui n'a pas évacué et qui fait l'office de maire en l'absence de monsieur CLAVIERE. Aux yeux de l'autorité allemande, il faut des civils responsables de la ville. Nous décidons de former une commission municipale composée de Dr RAOULT maire, membres Dr WENDLING, GIMET, HUSSON, ARNOUX, BERNARD, SEYER, PIERRE, PAVOZ et quelques autres, en tout 14 membres.

Lundi 31 août 1914
GIMET et moi, cherchons les moyens à employer pour assurer l'alimentation des civils (surtout en pain). Visite des boulangeries, découverte de quelques sacs de farine dont la mise en oeuvre a été immédiate. Dès le soir, nous avons du pain frais. Puis, au titre de chef de la garde civile de Raon l'Étape je passe plusieurs heures au commissariat de police où je reçois les réclamations des civils. on arrange séance tenante les affaires présentes.

Mardi 1er septembre
Monsieur RAOULT surmené et malade, m'adresse un officier d'ordonnance du général allemand menaçant la commune de cent mille marks d'amende si le général n'a pas d'eau pour 10 heures dans la maison qu’il occupe (maison MARTIN DORGET). Le général veut prendre un bain. J'accompagne l'officier : la salle de bains est au premier. Il faut que l'eau y coule. Après avoir suivi les conduites de plomb et trouvé le compteur puis avoir fermé les robinets et en avoir ouvert d'autres, aidé de l'agent MATER nous réussissons à faire couler un filet d'eau dans la salle de bains. Non sans avoir fait remarquer que l'incendie a fait fondre de nombreuses conduites de plomb aux environs. Il est impossible d'obtenir plus de pression. L'officier se déclare satisfait. Je profite de l'occasion pour me faire délivrer un laissez-passer permanent que le général commandant la Place signe.

Mercredi 2 septembre 1914
Appelé chez le docteur maire RAOULT, je trouve trois officiers. Un intendant, l'officier d'État-major BOSSERMANN et le capitaine SCHONBRUN (officier d'ordonnance du général Von DEMLING). Je reçoit l'ordre de les conduire visiter la ville, pour se rendre compte des approvisionnements qu'elle peut contenir. Je les conduis au magasin de farines, affirmant que les farines sont la propriété exclusive de la ville et insistant de toutes mes forces pour que ces farines soient laissées pour la subsistance des civils. Assurance m'est donnée qu'il en sera fait ainsi. J'obtiens la mise d'un factionnaire à la porte du magasin contenant 200 sacs de farine (réserve communale faite et achetée dès la mobilisation pour la population nécessiteuse) Autorisation m'est donnée de faire enlever chaque jour 8 à 10 sacs avec bon signé de l'Intendant.…Visite des ruines des grands moulins : 250 sacs de farine sont encore utilisables et de suite réquisitionnés pour l'armée allemande. Un officier me donne l'ordre de faire du pain pour la population civile (c'est déjà fait depuis la veille). J'envoie dire aux trois boulangeries qui peuvent cuire, que la farine nécessaire est mise en vente à la mairie à raison de 40,00 francs les cent kilos. Je reçois en outre ordre de faire approprier la ville, balayer les rues, enlever les immondices qui encombrent les passages, nettoyer les fontaines etc… Tout cela est exécuté ponctuellement. Étant au commissariat avec GIMET, nous recevons d'un civil, descendant d'une auto, l'ordre de faire afficher immédiatement une proclamation relative à la conduite à tenir par les civils pendant l'occupation, les nombreuses défenses à observer, les très nombreuses corvées à faire, etc…GIMET ne fait pas afficher la proclamation. Après avoir lu l'autorisation du commandant d'Armes, il lit l'ordre en se faisant précéder de deux clairons qui sonnent dans les rues. Il ajoute même de son chef : "tout habitant valide de Raon l'Étape qui est requis par les autorités militaires et civiles pour faire des corvées et qui ne se présente pas sera puni conformément aux lois de la guerre " signé : le commandant en Chef. Grâce à cet esprit d'à-propos, nous avons eu nos hommes de corvée en temps et lieu et Dieu sait quelles corvées ! Enterrer les morts à Chavré, les chevaux et les chiens aux environs de la ville, abattre les murs des maisons incendiées, etc…

Jeudi 3 septembre 1914
Grâce à l'énergie de GIMET et à la bonne volonté des hommes qui le secondent, la ville est propre. Les pompes à incendie et le matériel sont remisés.

Vendredi 4 septembre 1914
Je vais voir ma fille à Etival, en sûreté chez monsieur LOUTZ maire d'Etival. Laissez-passer joint au rapport.

Raon l’Étape


Samedi 5 septembre 1914
Le canon tonne, de 4 heures à minuit et cela tous les jours. On finit par ne plus entendre. Nous voyons avec plaisir que les allemands n'avancent pas au Nord de la Haute-Neuveville. Leurs soldats ne marchent que la nuit et font la navette. Je remarque cependant qu'il en monte des quantités et qu'il en descend peu. C'est le combat de la Chipotte où les allemands sont battus pendant quinze jours.

Samedi 5 septembre 1914
Ils ne peuvent passer et on 2 000 hommes hors de combat d'Etival à Baccarat. A Raon, le pillage des maisons particulières continue la population civile prend ce qui lui faut dans les magasins et maisons particulières. On dirait qu'un vent de folie passe par là.

Dimanche 6 septembre 1914
Laissez-passer pour Bertrichamps (joint au rapport) afin de ramener un agent de police raonnais, nommé THIRION qui n'ose revenir à son poste. Je le ramène et il peut rendre dans la suite des services appréciables. A chaque instant je quitte le commissariat de police, accompagné d'un officier pour une question de salubrité ou de sûreté de la ville. Que de fois il faut avoir recours au génie allemand pour abattre des murs qui menaçaient de s'effondrer. Les officiers nous reçoivent bien et parlent presque tous français.

Lundi 7 septembre 1914
Je vais définitivement chercher ma fille à Etival. A signaler le tir sur aéroplane français : 48 coups de canon tirés sans succès. L'aéroplane ayant trouvé les positions allemandes, voici les obus français qui tombent à côté de nous. Rentrés précipitamment au château LOUTZ et coucher à la cave, pour éviter les obus français. A Etival, les habitants couchent dans les caves depuis le 28 août. J'ai vu vingt civils d'Etival. (l'adjoint AUBRY, monsieur GERARD, quelques vieux vétérans) arrêtés comme otages, ainsi que le Curé. Ils ont couché dix jours à la belle étoile, gardés à vue. La dernière transcription du 11 nous a laisser avec monsieur ARNOUX et la poignée d'otages civils à Etival. Nous le retrouvons le lendemain mardi 8 et le 9. A retenir l'évacuation d'une brigade allemande de la Haute-Neuveville, sur Badonviller et remplacée par de la Landwehr Badoise et Lorraine. Que signifie cela ? Aucune nouvelle du dehors. A vois basse, nous nous communiquons nos espérances car nous avons foi malgré tout en notre succès...." De retour à Raon, la question approvisionnement nous inquiète. La population civile manque de viande. GIMET et moi, après bien des pourparlers, achetons un boeuf 625 francs. On le fait abattre et débiter à la boucherie LETIQUE, perte 100 francs mais la population civile a un peu de viande fraîche. Mais ne rien savoir,quelle souffrance ! Le canon tonne toujours : on dirait que le bruit s'éloigne. Je note encore le départ d'une brigade se retirant sur CIREY. Je demande à un soldat qui me cause en passant : «où allez-vous ? à Paris» - et très fier il prend le pas de parade. Des Badois les remplacent. Ils vont se faire massacrer au col de la Chipotte. La nuit, ma femme et moi, regardons, persiennes légèrement entr'ouvertes et bougie éteinte, le lugubre cortège de leurs morts et de leurs blessés : y en a-t-il ! et encore et toujours ! Chaque nuit c'est un défilé ininterrompu. Raon n'est plus qu'un hôpital : Hôpital, maison des Soeurs de la Providence, usine METENETT, fédération, café BIET, église, mairie, casernes, partout des blessés. Ils meurent en masse, les enterrements se font sans cercueil (un simple linceul, pour la troupe à Raon pour les officiers : La Neuveville). Leurs passeurs à cheval jouissent d'un respect absolu. Officiers et soldats se découvrent sur leur passage...

Le 10 septembre 1914
Dès le grand matin les fours de campagne installés sur le Pré du Taureau (rue de Lorraine près de la gare) partent vers l'arrière. Les troupes se mettent à miner les ponts ce qui nous met de l'espoir au coeur. Le 11, il se fait un grand remue-ménage qui nous laisse prévoir la retraite de l'ennemi. Ce qui me confirme, c’est de voir réunis à la mairie, une vingtaine d'otages pris dans les deux communes entre autres : messieurs EBEL, MERCIER, etc… et l'exode commence et se réalise toute la nuit.. A 4 heures 40, le pont du chemin de fer saute. A 4 heures 50, c’est la passerelle (des Oualous) sur la Meurthe qui saute à son tour et à 5 heures. le pont (de l’Union) reliant Raon à La Neuveville explose en partie. C‘est la fin du cauchemar.
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